Hussam Aliwat : au-delà du oud… la musique

Hussam Aliwat : au-delà du oud… la musique

Hussam Aliwat est un compositeur et musicien franco-palestinien qui maîtrise le oud depuis son enfance. Son souhait ? Dépasser les limites du oud, mais aussi les multiples préjugés sur cet instrument, vu comme étant l’emblème de la musique orientale.  Focus sur cet artiste dont la relation avec son instrument se fait passionnée, fougueuse et tourmentée… 

Hussam Aliwat © Clara Abi Nader

Un apprentissage en autodidacte

Hussam Aliwat est originaire d’une famille qui porte  peu d’intérêt à l’art et à la musique. Il grandit au au Qatar, pays dépourvu de culture musicale et de bons moyens d’apprentissage de la musique. Très jeune, Hussam Aliwat reçoit en cadeau un oud en petit format. Ce présent lui plaît suffisamment pour apprendre à jouer véritablement de cet instrument. C’est donc tout naturellement dès l’âge de douze ans qu’Hussam commence à pratiquer le oud. On ne peut pas dire qu’il choisit le luth oriental comme instrument de prédilection : au Moyen-Orient, l’apprentissage du oud paraît comme une évidence auprès des musiciens. Les professeurs de musique n’ayant pas de formation personnalisée pour chacun de leurs élèves, Hussam décide d’apprendre en autodidacte cet instrument très codifié. « Je ne voulais pas suivre le parcours de quelqu’un pour être juste une copie de quelqu’un. Ce n’est pas parce que c’est mauvais mais c’est un choix. Chacun fait ses choix, et moi je voulais faire un parcours un peu différent, trouver mon chemin… ». Il apprendra donc par lui-même à jouer du oud, chaque jour durant plusieurs heures, pendant des années. 

Au fur et à mesure de ses entraînements rigoureux, le jeune musicien développe également un goût pour la composition dès l’âge de seize ans. Il finit par faire des collaborations avec des musiciens français, alors fraîchement arrivé dans l’hexagone en 2011. Ces rencontres l’aident à enrichir ses influences musicales pour parfaire ses compositions et ses arrangements. En 2016, Hussam a l’idée de créer un quartet pour l’accompagner au oud. Il recherche donc des musiciens,  les forme et en vient même parfois à les changer. Il trouvera enfin la bonne équipe : deux violoncellistes et un batteur. Ensemble, ils joueront une première fois au Sunset Sunside de Paris, le 12 avril 2017. Le quartet se produira dans le café-concert une seconde fois, et ces événements marqueront le début d’une tournée nationale et suisse, histoire de faire découvrir le projet localement, à l’aube de la sortie d’un premier album… 

Born Now : un message de liberté

À la fin de l’année 2018, Hussam Aliwat remporte la bourse de l’Arab Found for Arts and Culture (AFAC), qui l’aidera à produire et enregistrer sa première œuvre. C’est donc le 18 octobre 2019 qu’Hussam Aliwat annonce son debut album intitulé Born Now, dans tous les magasins. Il en célèbre officiellement la sortie lors d’une Release Party sold out au Café de la Danse le 29 novembre 2019, événement qui marquera véritablement son début de carrière. Cet opus résulte notamment de la signature d’Hussam Aliwat avec le label Gaya Music Productions et l’agence de booking Far Prod, avec laquelle il organise une tournée pour 2020-2021. 

 ‘Born Now’ représente une seconde naissance pour Hussam Aliwat : une naissance spirituelle. Ce premier album est l’aboutissement de tout son travail. Par cet opus, Hussam nous délivre un véritable message de liberté : faire de la musique, au-delà de tous ces styles musicaux inculqués, audelà de tout préjugé. Se sortir de ce chemin tout tracé, « obligatoire », pour se diriger vers sa propre voie et trouver sa propre manière de s’exprimer. Il dit à propos de son œuvre : « C’est moi-même qui ai cherché pendant longtemps, avec une famille qui n’a rien à voir avec la musique, dans un pays qui n’a rien à faire avec la musique. C’est moi-même qui ai voulu construire, j’ai cherché, et mon album est le résultat de tout ce travail, plus ou moins. C’est un peu un message adressé à tout le monde dans ma musique : on est capable de chercher et de trouver ce qu’on veut faire. C’est vraiment une liberté et du courage, je trouve. » 

Hussam Aliwat © Clara Abi Nader

La musique d’Hussam Aliwat est vivante, expressive, émotionnelle. Hussam Aliwat ne se contente pas seulement de jouer de la « musique orientale », de la « world music » ou du « jazz ». Il déclare : « J’essaye de prendre cet instrument et de dire aux gens que c’est juste un instrument et que je ne fais pas de la musique « arabe » juste parce que je pratique le oud… ou si je fais de la musique arabe, ça ne veut pas dire que je fais du oud. » Sa musique voyage au même rythme que son créateur, qui s’enrichit de toutes ces influences, aussi bien orientales qu’occidentales. 

Les inspirations du musicien se puisent notamment dans le rock, comme on peut le remarquer quand Hussam joue de son oud avec hargne et spontanéité, ou dans sa manière de faire saturer les violoncelles. « J’écoute pas mal de styles différents en général. Là, j’écoute de moins en moins de musique orientale… enfin j’écoute quand même, mais pas autant, pour essayer de m’inspirer d’autres styles. Évidemment, j’écoute pas mal de rock, même du métal, du jazz…». Parmi les artistes qui l’influencent, on comprend David Bowie, Prince, Tigran Hamasyan ou encore Anouar Brahem. Et puis le silence est également pour Hussam une source précieuse d’inspiration : « Je trouve que le silence, c’est une chose qui m’inspire beaucoup, et qui me donne la possibilité de réfléchir un peu plus,  d’avoir l’espace pour respirer et réfléchir. » Cette interprétation de divers styles musicaux par Hussam Aliwat peut se voir au fil de l’album, et notamment dans le titre The March of the Lunatic. Morceau central de Born Now, The March of the Lunatic représente un véritable condensé de l’opus : à la fois doux, mélodique, calme, puis puissant, « dark » et cinématographique…  

Son but ? « Développer un peu l’instrument et l’emmener quelque part… ». En d’autres mots : aller au-delà des limites sonores de cet instrument, afin que sa musique soit inclassable, hors-catégorie. « C’est un challenge de sortir ce que je veux dire sur cet instrument qui n’a pas beaucoup de choix… C’est un instrument qui me ressemble un  peu, du moins dans la manière de comment je veux le jouer. » Aussi, il ajoute par rapport à son choix d’introduction de son album : « Je ne voulais pas commencer l’album avec du oud, parce que je voulais délivrer un message un peu plus libre, comme quoi mon album, ce n’était pas que du oud : c’est juste de la musique. Je ne suis pas obligé de commencer avec le oud ou de finir avec le oud. C’est ma musique. » 

The March of the Lunatic par Hussam Aliwat :

Un univers où musique et cinéma se rencontrent…

Quand on écoute la musique d’Hussam Aliwat, on se rend vite compte que l’imagination surpasse le simple sens de l’ouïe.  Le musicien laisse libre court à notre créativité par un subtil fil conducteur entre les titres de son album, du début à la fin. Sa musique ? « C’est l’image que l’on ne voit pas ».  Par les compositions du jeune virtuose du oud, divers paysages et scènes se dessinent dans notre esprit, et nos émotions sont en éveil : on se croirait dans un film. Un film réalisé par notre pensée propre, au fil des mélodies et des instruments, de ce qu’ils nous évoquent…  ne vous y détrompez pas : il y a vraiment du cinéma dans toute cette symphonie !  

Ces deux domaines artistiques se rencontrent bel et bien dans l’œuvre d’Hussam. « Si tu écoutes ma musique (…), il y a pas mal de cinéma dedans : il y a pas mal d’images (…). Je pense que les deux se complètent. Ma musique est inspirée par le cinéma, et quand je fais du cinéma, c’est inspiré par la musique : je trouve que c’est un cercle qui se complète. » C’est en outre cette assimilation qu’Hussam Aliwat déplore dans certains films occidentaux : « Ce qui m’énerve maintenant, c’est que des fois, dans des films français comme dans des films américains, si on veut représenter le Moyen-Orient, on a juste la sonorité du oud, et je trouve ça très… réducteur ! C’est très basique, très superficiel, parce que le oud est capable de faire plus que ça ! Le Moyen-Orient n’est pas juste limité par le oud comme le oud n’est pas seulement limité au Moyen-Orient : c’est très cliché ! » 

Comme vous avez pu le constater : Hussam Aliwat est passionné par le cinéma. Arrivé en France, le musicien se confronte à l’académisme strict des écoles de musique : il est considéré comme « trop vieux » pour se former dans ces écoles, et sa musique ne sonne pas assez « classique ». C’est donc vers des études de cinéma qu’Hussam se dirige, afin d’enrichir cette créativité qui l’anime. En tant qu’étudiant, il réalise pendant quelques années d’études quelques projets de films… cependant à la fin de sa formation, il finit par se tourner véritablement vers la musique. Tout comme la caméra sert d’outil à faire des images, le oud est pour Hussam « un outil à faire du son », un moyen d’expression dans lequel il s’est engagé plus tôt comparé au cinéma. Néanmoins, Hussam Aliwat ne met pas définitivement son autre passion de côté, et compte bien s’y remettre quand il en aura le temps ! 

Hussam Aliwat Quartet Black Birds Live Session :

Des projets et des rêves pleins la tête

Après un superbe concert au Café de la Danse pour la sortie de Born Now, Hussam Aliwat organise actuellement une tournée nationale et internationale pour cette année 2020-2021. Dernière nouvelle par ailleurs : Hussam Aliwat réitère ses concerts à Paris avec une date organisée au Duc des Lombars, le mercredi 22 avril prochain. À l’occasion, il sera accompagné des musiciens Dima Tsypkin, Paul Colomb et Nicolas Goussot. Un événement à marquer et surligner dans vos agendas ! 

Par ailleurs, son plus grand rêve et défi est de conquérir le plus grand nombre de gens en jouant dans des stades. « C’est un peu un challenge, mais j’aimerais ramener le oud, j’aimerais ramener ma musique à Bercy, ou une plus grande salle ! ». Et ce, seulement avec le oud ! « C’est aussi un côté de mon message, parce que c’est une salle qui est toujours remplie par des concerts de rock, ou des chanteurs et des chanteuses très populaires… J’aimerais arriver au point que le oud soit écouté par le public : par des jeunes, par des vieux… par tout le monde ! ». Un beau message d’ouverture d’esprit, de modernité et de liberté, qu’Hussam souhaite transmettre par sa musique ! 

Amicalement,

Alice

Les publications figurant sur cette page ne peuvent être partagées que sous leur forme originale. L’utilisation des images et du contenu est soumise à autorisation par Prestige Artists Agency Kft.

Vélemény, hozzászólás?